10/01/07:
Bonne année à tous et toutes!
Voilà sept mois que je suis sous testostérone. Déjà sept mois... Si le temps me semblait long auparvant, le temps passé me semble actuellement peanuts, devant le futur... Etrange... J'avale les heures et jours, en les trouvant trop longs, mais ensuite, je n'en garde qu'un souvenir bref... Un souvenir qui remonte à un lointain passé aussi. Etrange...
Mon corps se couvre d'une pilosité souhaitée et redoutée selon les parties. Ainsi le ventre devient délicieusement plus masculin, tandis que le torse se couvre de poils indésirables, sachant que je n'ai pas subi la mammectomie. Objets de terreur puis de profonde horreur en apparaissant, ils assoient leur position, gagnant en nombre et visibilité de sorte que je finis par les accepter avec fatalité...
Globalement ma musculature s'est développée. Mes mollets prennent de l'acier subtilement, mes bras et épaules grossissent, mon torse se fait plus imposant...
Mon sexe me satisfait quasiment pleinement... Il a pris la forme d'un pénis, tout en restant un hybride. Je le trouve particulièrement attractif. Sa taille laisse encore un peu à désirer, en revanche son diamètre est tout à fait conséquent, et sa gaine naturelle me permet d'en jouer avec enthousiasme. Périodiquement je lui applique de l'andractim mêlé à une crème hydratante. Les érections sont une chose dont je m'émerveille toujours, mais ne suis plus étonné. Au toucher, le corps caverneux du pénis est clairement perceptible de la base jusque l'extrémité. Les lèvres ont obtenu un toucher concentré, dense, comme si les bourses se formaient lentement, et enveloppent le corps du dicklit. Je n'envisage pas de phalloplastie, éventuellement une méta...
Les références à mon identité passée ont totalement disparu, hormis dans le domaine légal. Mais même là j'arrive sans grand mal à expliquer ma situation. J'en oublie pas moins mon passé. J'en parle sans mal. Je ne mentionne pas forcément mon identité passée. Ce qui génère parfois de délicieuses situations incongrues. Le gens sont interpellés, s'interrogent, leurs shémas rigides sont bousculés. Une chose qui me régale. Mais rarement voire jamais de réactions choquées ou hostiles. Après tout je ne suis qu'un individu étranger à leur vie, pourquoi viendraient-ils s'immiscer? Ils acceptent car je suis extérieur. Je me demande souvent si leur réaction serait identique si j'étais un proche. J'en doute.
Mes parents. Les dernières rencontres avec ma mère annoncent une évolution favorable. On arrive enfin à avoir des discussions concernant autre chose, sans que je la voie en larmes en me regardant. Mon père depuis qu'il a appris ma prise d'hormones s'est renfermé et me manifeste sa désapprobation et hostilité. Mais ils ne coupent pas les ponts. Ils restent là si j'ai besoin... sans m'accepter, jetant à la rue leur fils trans virtuellement, mais prêts à recevoir et aider leur fille. Ils gardent l'espoir que je retourne ma veste. Ils ne veulent pas que j'entame les opérations avant mes 25-27 ans jurant qu'il s'agit de l'âge minimum de transformation physique conseillée par tous les médecins et même mon psy. Ils veulent que je me laisse le temps de la réflexion avant que je fasse quelque chose d'irréversible. ... Mon traitement hormonal, ils n'ont pas dû le comprendre, est déjà en soi irréversible. Dès lors, que suis-je sensé faire? Je n'ai jamais été très diplomate et délicat. Je ne comprend guère comment on peut préférer sacrifier son enfant et son bonheur aux bonnes moeurs. Je n'ai jamais voulu leur parler avant de mon désarroi, de ma situation douloureuse et conflictuelle, faute d'avoir trouvé des solutions. Quand j'ai eu la certitude de pouvoir avancer dans la vie et de m'épanouir, je leur ai dit, espérant un soutien, au moins une neutralité réelle. La suite m'a profondément déçu, bien qu'il aurait pu m'arriver pire, me retrouver à la rue, sans ressources. Je ne comprend pas comment ils peuvent ignorer la réalité et vérité, notamment du fait qu'ils voient et reconnaissent eux-même que je n'ai jamais été aussi épanoui que maintenant.
Psychologiquement j'ai beaucoup changé. Je ne me reconnais guère par rapport à avant. J'ai gagné beaucoup d'assurance, d'impulsivité, de combativité. Ma tristesse ou désarroi ne se manifestent plus que par des accès de colère ou de l'irritabilité, les pleurs se font rares, voire proscrits. J'ai souvent honte quand des larmes me viennent, au point que cela me fait sourire nerveusement dè qu'elles apparaissent. Quand une situation me désempare, je répond souvent par des sourires, rires nerveux, voire une gaminerie qui me permet de noyer le sérieux de l'instant. Je prend davantage les choses en main. Rien à voir avec le Gabriel feutré, calme et effacé. Je me sens exister. Il est de plus en plus rare que je reprenne ces habitudes de fantôme.
J'ai passé une dernière semaine 2006 très agréable, avec Khrys et son fils Stan. Trop courte hélas. J'ai eu l'occasion de rencontrer ma belle mère le premier jour 2007 (courte entrevue le mardi auparavant). La rencontre s'est très bien passée. J'ai appris après coup, qu'elle était à priori au courant que je suis trans, par le biais de la femme de Khrys. Intervention dont je me serais passé. Suite à voir...
Au boulot, d'intéressantes évolutions. J'ai passé l'année 2006 en contrat d'apprentissage DESCF exclusivement en clientèle. Mais voilà les dernières semaines j'ai pu travaillé au cabinet, rencontrant ainsi l'équipe. Aucune référence à mon identité passée. Une chose à laquelle je ne m'attendais pas. En revanche, je ne me sentais guère à l'aise avec la majorité de l'équipe, notamment les hommes, qui me donnent la sensation d'être un très jeune ado face à eux, non reconnu.
Depuis janvier 2007 avec la fin du contrat, me voilà au chômage.
J'ai obtenu un changement de fréquence d'injection. Tous les 17 voire 15 jours, au lieu de 21 jours. Cela fait deux injections déjà à cette fréquence. En même temps j'ai obtenu l'Andractim. Nous verrons bien si le processus de masculinisation s'accélère et s'accentue.
Pas de mammectomie encore plannifiée. Je reste actuellement toujours sur mon choix initial. Michael Brownstein, éventuellement Alberto Musolas, même si j'envisage de rencontrer un chirurgien de Paris, à titre d'information. Je porte toujours ma bande + quelques underworks, ou le underworks double XS noir + un underworks simple noir S, selon que Khrys soit là ou pas (problème pour l'enfiler).
11/01/07:
Je viens de recevoir une réponse téléphonique après un entretien d'embauche avec le DRH. Je devais rencontrer la responsable comptable. Mais suite à des discussions générles sur le sujet trans, le DRH a préféré m'annoncer qu'il rejetait ma candidature à cause d'une très probable incompatibilité liée à mon état civil. C'était le seul entretien où j'en avais clairement parlé, du fait de la tournure de l'entretien et de la nature du DRH, plutôt orienté dans le social avec participation associative. Je suis effondré. Je suis resté dur pendant la discussion téléphonique. J'ai même lancé qu'il s'agissait d'un facteur de discrimination pur et simple. Que je savais me débrouiller seul face à ce genre de personnes. Que la situation aurait pu évolué en apprenant à me connaître. Je suis resté poli mais très sec. Une fois le téléphone raccroché, j'ai appelé khrys et là seulement mes larmes ont fusé. J'ai peur de ne trouver aucun emploi.
TransPD out, visible, engagé,
Pansexuel, Queer,
Pratiques sexuelles complexes, nombreuses et incohérentes avec mon état de trans,
etc ...
Comment ai-je pu passer de l'état "trans qui souffre de ne pas être né XY" à cette étrange identité engendrant une certaine sexualité parfois dérangeante, mais oh combien riche?
Eh oui, pas plus tard que cet été 2006, je correspondais encore au shéma "classique" du trans qui cherche à atteindre le rêve, le souhait intime de beaucoup de trans, "être du sexe biologique identique à son genre psychologique". Pour ceux qui me connaissent récemment ou ne me connaissent que sur la toile virtuelle, oui, j'ai été et ai pensé de la sorte et rien n'aurait pu me laisser imaginer que subtilement le terrain se préparait pour qu'enfin je sorte de ce concept "trans = souffrance".
Résumé rapide de l'évolution de mon identité
Enfance :
Enfant, je me suis vécu de genre masculin ou neutre, sans trop me poser de questions, malgré les tenues vestimentaires que je portais dès qu'on sortait des jeux de fringues mixtes achetés en double pour mon frère et moi. Je pense que le fait que ma vie se trouve centrée sur la paire que je formais avec mon frère y est pour beaucoup. Nos rapports étaient ceux qu'ont deux frères s'entendant parfaitement. Que mon corps était celui d'une petite fille ne m'apparaissait absolument pas, du fait qu'aucune différence n'existe sensiblement à cet âge là.
Adolescence :
Avec la puberté, tout changea, je compris très vite que j'étais un garçon dans un corps de fille, le mot "trans" m'est connu vers 18 ans, concernant les MtF, mais aucun espoir , aucune connaissance d'une transition possible (et convaincante) donc je pensais être fou ou simplement condamné à cette vie donc n'en parlais pas, j'ai même essayé de rentrer dans le moule à maintes reprises, conscient que sans espoir de "métamorphose" je finirais par me détruire. Mais tout vous rattrape un jour.
20 ans, octobre 2004:
Je réalisais que je ne pouvais continuer à survivre de la sorte. Cela m'était déjà apparu plusieurs fois, mais quelque chose m'avait retenu. Sans espoir, ma vie s'arrêtant sur un gouffre, je décidai de plonger. Mais à quelques heures près, j'appris par un mail répondant à un message relatant seulement de mes difficultés avec mes parents et en une phrase de ma transsituation (véritable bouteille à la mer, bien qu'un message peu clair et sans réelle nature alarmante) toutes les solutions qui s'offraient à moi. Choc, miracle, effroi de constater que j'aurai pu ne jamais avoir eu connaissance de tout ça et cela à peu de temps près. Je passe les jours suivants à me renseigner, tout retourner dans ma tête, idées de suicide envolées. Comment aurais-je pu imaginer que cette métamorphose était possible? Je suis soulagé, enfin j'ai l'impression que viovre m'est permis, en revanche je meurs d'effroi de l'annoncer à mes parents, je crains leur réaction. Le coming out sera suivie de plus d'un an et demi d'incompréhension, de haine à mon encontre, de souffrance inutile, qui me poussera à fuir le domicile parental en avril 2006.
Mars 2005 :
Arrêt de ma phase de questionnement de réaliser la transition ou non, notamment par rapport à mon entourage (familial). Décision de transition, sous peine de commettre l'irréparable. Mon psy m'a été d'une grande aide dans ma réflexio (parcours privé).
Août 2005 :
De trans FtM hétéro, puis bi, j'en viens à me dire que je suis exclusivement gay, du fait que je n'ai eu aucune relaiton avec une fille et qu'à l'époque j'étais plutot réfractaire à l'idée d'une telle relation. Excursion plus approfondie sur les tchats gays et le milieu LBGT. 1ère relation homo, avec un garçon homo (et non hétéro comme avant). 1ers rapports sexuels.
Octobre 2005 :
Rencontre avec khrys sur le net. A l'époque, très pudique, très peu à l'aise avec mon corps et cela jusque janvier 2006.
10 novembre 2005 :
Rencontre avec khrys de visu. Départ de notre relation et couple Trans-Gay. Grosse difficulté à me laisser aller et toucher en général. Rapports sexuels "classiques" versatiles. Peu à peu abandonne les bandages et enfin le T-shirt par moments pour privilégier le contact peau contre peau en dépit de ma gêne. Achat de dildos et harnais. Souffre énormément de l'inadéquation de mon corps.
Janvier 2006 :
Réflexion sur les enfants. Solution la plus simple: le porter moi-même. (Tenir compte du fait que nous formons un couple gay). Tentatives de rapports vaginaux dans ce but. Succès au bout de quelques semaines d'aboutir à ces rapports (énorme blocage psychologique mais grande patience de khrys).
Nouvelle réflexion avec khrys : Incapacité à porter un enfant.
Mais poursuite des rapports, car 1. à ma surprise, j'éprouve du plaisir de cette manière, 2. j'ai compris qu'avoir ce genre de rapports ne "menaçait" pas mon identité d'homme.
Avril 2006 :
Déménagement chez khrys après avoir passé plusieurs mois à faire du mi-temps chez lui.
13 juin 2006 à 20h :
Première injection de testostérone.
Juillet-Août 2006 :
Questionnement, crise identitaire. Car bien qu'ayant obtenu la testostérone, le fait que je ne serai jamais un homme XY m'apparut plus cruellement encore qu'avant. Car malgré ce que j'aimais dire, je ne me voyais que comme homme et la notion "trans" ne s'intégrait pas dans mon identité. Je ne la considérais même pas comme un passage. Je savais justement que ce n'était pas un passage. Jamais mon corps ne serait celui d'un homme pleinement.
Gouffre à nouveau.
Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi courir après le rêve d'être un homme XY? S'être donné les moyens d'être soi, un homme, qu'est-ce qu'un homme? Est-ce juste un XY? Valent-ils mieux que moi?Où sont ces handicaps dont je me plains? Ne suis-je pas satisfait de ce dicklit qui bande et grossit sous l'effet du désir? De ces hormones qui viennent métamorphoser chaque cellule du corps pour enfin me faire apparaître? Quels sont ces handicaps? Taille de mon pénis? Satisfaction de mon partenaire? Si la société lie la taille à la performance, ça la regarde, je suis absolument satisfait de ma sexualité. Autre chose? Non...
Donc pourquoi en faire une montagne? Parce que je n'étais pas sorti des shémas, qui m'ont empêché si longtemps de me réaliser. Qu'est-ce qu'un homme, une femme? Qu'est-ce qui les définit? Que peut-on qualifier de masculin ou de féminin?
J'ai acquis la conviction profonde qu'être soi est le plus important. Si quelqu'un se définit comme homme ou femme il faut le croire, car ce sont des concepts si flous et si complexes, que deux genres seuls n'existent pas, il y en a une multitude, peut-être même autant qu'il y a d'individus. Des nuances subtiles nous séparent chacun et font notre richesse. Libre à nous d'user des mots dans leur sens restrictif (bien dommage et borné)ou illimité, voire de s'en passer. J'ai fait le choix de poser des mots sur les choses et les gens, mais dans leur cadre illimité et selon les manières dont se définissaient les personnes, ainsi qu'en tenant compte que l'identité est évolutive. D'autres se passeront des mots. L'essentiel est d'avoir en tête que chaque personne est différente et la respecter comme elle est, sans chercher d'elle qu'elle corresponde à ce que vous êtes, la diversité est source de richesse dans vos idées et rapports.
Depuis :
Mon identité évolue, comme ma sexualité. J'ai dépassé le concept "trans=souffrance". J'en suis sorti plus fort, plus grand, plus sûr de moi, je sais qui je suis. La malédiction est devenue une bénédiction. Une quête de soi douloureuse qui a fini par être plutôt un défi et une excellente expérience, si on se pose les bonnes questions, se détache de ce qui nous est appris et s'interroge sur soi-même. Bref soyez vous-même.
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