"From the Inside Out" or "Radical Gender Transformtion, FtM and Beyond"
Ed Morty Diamond Manic D Press
Un recueil de récits courts de personnes Female-to-Male et de Female-to-Unknown. Des expériences, des certitudes, des questionnements et sujets très divers. Des personnes qui cherchent leur place dans un monde au genre bipolaire, d'autres qui ne cherchent plus et jouent de leur ambiguïté, d'autres qui veulent casser ce moule, d'autres qui s'interrogent sur la part de libre-arbitre et de fatalité qui les a conduit à une réassignation de genre, de la colère, de la peine, des souhaits restés rêves inaccessibles, de la fierté, une volonté de se battre pour soi, de l'amour de soi, de la liberté d'être soi. Comment définir le genre, qu'est-ce le genre?
Etrangement de cette liberté d'être soi, de cette diversité, subsiste souvent une impression de stéréotype FtM. Combien de FtMs affirment: "Alors que la majorité des FtMs sont ainsi, moi, j'étais différent..." ou "Comme beaucoup de FtMs, j'ai aussi...." ou encore "Pour moi, je ne rentre pas cette catégorie, je ne veux pas être classifié comme défini comme ça". Une idée assez répandue par exemple d'un FtM est que déjà tout petit il s'indignait qu'on le traite comme fille et le force à des comportements et critères féminins. Qu'il est (très) masculin. Mais la vérité est que chacun est différent, et si certains FtMs se ressemblent sur certains critères, ils ne sont pas semblables sur d'autres points qu'ils partageront avec d'autres encore.
Bref, en explorant ces textes, on découvre la diversité, la différence et la richesse de tous ces auteurs. Des textes où il est aisé de se retrouver, comme de découvrir une autre manière d'être FtM, FtU, tout simplement d'être soi.
Voici quelques textes que je me suis permis de commenter/résumer/condenser.
Je rappelle que si j'ai sélectionné ces textes, ce n'est pas parce qu'ils sont plus intéressants, mais qu'ils m'interpellent plus personnellement, qu'ils me correspondent ou non.
"Monster Trans" Boots Potential
Selon l'auteur:
Les monstres s'assimilent aux trans (au sens large), car "trans" et "monstre" provoquent les mêmes réactions, les mêmes questionnements, les mêmes chocs et failles de concept. La monstruosité donc l'anormalité a pour conséquence de rompre, d'outrepasser les règles, de les briser.
(traduction)
Le concept de l'identité du monstre est, quoiqu'il en soit, un modèle imparfait. [...]). Néanmoins il y a quelque chose de très prometteur dans une culture de l'identité du monstre, qui peut se révéler en elle-même, se positionner elle-même comme être monstrueux = ce qui dévie, ce qui fait peur, ce qui défie. Comme dans le cas de monstres de genre ( trans, queer de genre, FtM, MtF, multigenre, etc...), c'est la seule expérience commune de transgression qui définit les monstres et les rassemble dans un groupe. Frankenstein, Vampires, et la Créature du Black Lagoon n'ont rien en commun à part leurs "anormalités", ils sont ainsi réunis par leur monstruosité. C'est ainsi que je trouve un sens à mon genre. Il est défini largement par ce qui n'est pas (normatif). Et également par ce que cette rupture dans la normalité ouvre comme possibilités.
L'auteur, qui éprouve un réel manque d'options pour se qualifier, utilise des pronoms féminins, masculins ou de monstre d'une part pour rompre avec l'obligation d'avoir à effectuer un choix ou avec la notion de ce que doit être un trans.
En effet le corps médical, la communauté LBGT et plus particulièrement trans préfèrent en général qu'il n'y ait pas d'autre choix que de prendre les pronoms masculins ou féminins conséquents ou alors cela signifierait que quelque chose ne va pas avec nous, notre transsexualité ou les deux. Les monstres d'un autre côté ouvrent une palette de possibilités: comment nommer quelqu'un ou quelque chose qui élude à ce point la question de la détermination de l'espèce ou de son origine, sans parler du genre.
Créer une nécessité de naviguer dans la langue comme dans le genre d'une manière inhabituelle et qui demande réflexion et engagement critique. De même, les monstres [...] ne sont jamais entièrement ce qu'ils sont supposés être, et on peut lire cette transgression sur leurs corps. L'auteur veut créer un manque de cohérence de genre de son corps pour défier le "type" qu'il est supposé être, en accord avec ses principes monstrueux.
Il regrette l'erreur qu'ont les queers, LBGT de reproduire les moules qu'ils voulaient défier initialement (segmentation, définitions restrictives, discriminations liées à des manières d'être gay, lesb, trans, etc...).
Il y a également des notions associées aux monstres que l'auteur veut rompre, éviter et remettre en question [satanique, noir, mauvais, violence sanguinaire, aggression, cauchemar, étranger dans le sens d'engendrant une forme de xénophobie, sauvage (contraire de civilisé)]. A l'origine, une profonde, mortelle peur de la différence. "Etranger" signifierait "dangereux". Or on peut tout à fait dissocier ces deux notions. De même les queers, homos et autres ne rentrant pas dans une norme sociale et sociétale de l'hétérosexualité avec genre binaire effraient, sans qu'il y ait pourtant un caractère de danger attaché réellement à eux.
[remarque personnelle: on constate d'ailleurs que certaines fictions apparaissent, et de plus en plus, qui font intervenir des monstres "gentils", héros]
La définition, la façon d'être compris, perçu, politisé, normé évoluent constamment de même que et avec la manière dont nous nous percevons, définissons, clamons. Cela devrait non pas nous empêcher d' inventer et clamer des identités diverses, mais plutôt nous y encourager avec un haut degré de fluidité et de spécificité.
Car:
Le plus encourageant et génial dans la monstruositié-comme-genre est qu'une fois devenu un monstre, plus rien ne semble "normal". Tout le monde est un monstre en attente, ils ont juste choisi temporairement de correspondre à un modèle arbitraire et fictif de règles de ce qu'ils sont supposés être. Ainsi vous commencez à vivre dans un monde tout entier de monstres. Et aucun n'est meilleur qu'un autre.
[...]
Pour une fois, l'histoire se termine bien, et les monstres en sont les héros.
"Lies" David Husted
Mensonges.
Notre vie avant notre sortie du placard n'est qu'une série de mensonges pour certains d'entre nous. Des mensonges très convaincants, car la vérité laisse parfois très peu d'indices au sujet de notre différence et les gens ne veulent voir que ce qui les arrange. Ils ne veulent pas découvrir cette douleur, ce malaise, ce désespoir. Ne pas pouvoir poser un autre mot sur soi qu'anormal, monstrueux dans un premier temps. Un mot enfin. Okay. Je ne suis pas seul.
Mais.
Ne pas oser en parler, comment convaincre tous ces gens que votre vie n'a été qu'un mensonge jusque-là. Comment en parler à ses proches car après tout peu importe les étrangers, ils ne comptent pas pour vous. Ne pas oser. Cacher le mal-être, dire que tout va bien. Alors qu'on ne va pas bien, qu'on a besoin de le dire, d'être supporté, d'être reconnu par ceux qu'on aime. On est forcé un jour ou l'autre de sortir du placard, car on ne peut aller bien que si on est soi, si on se réalise. On n'a pas à emporter notre secret dans la tombe. Alors oui, je sors.
Tous ne comprendront pas, ne voudront pas comprendre. D'autres si. D'autres trouveront ça cool. Or ça ne l'est pas du tout. Un pan de vie à bâtir ce mensonge, un autre à le briser. La décision la plus importante dans une vie. Car c'est moi qui vit dans ce corps et pas eux.
Le premier pas,
le plus important,
dire qu'on ne cachera pas plus longtemps
qui on est vraiment.
"Whose Masculinity is it Anyway?" Wyatt Swindler
Ou...
Comment, en-dehors de la communauté queer/trans, la volonté qu'on a de vivre et de défendre notre exclusivité peut voler en éclats, du fait de ce que les autres attendent de nous, particulièrement dans d'autres minorités, milieux et contextes, comme la population noire pour l'auteur. Comment on peut sacrifier par besoin de relations une part de soi, par peur d'être jugé trop fille par certains comportements, pas assez hétéro aux goûts d'autrui. Or il faudrait arriver à ne pas laisser ses peurs, qui ne sont que les vérités et préjugés des autres, définir la personne que vous serez, au contraire rester soi.
"Once More... With Feeling" Dean Spade
A propos des pronoms.
L'auteur, comme certains, a un projet trans, qui vise à démembrer la classification rigide et binaire du genre, alors même qu'il cherche à faire imposer le masculin. En fait cet effort de faire respecter son choix d'être nommé au masculin s'inscrit dans ce projet, car comme beaucoup de trans, il a constaté que même les gens les plus emballés par ce projet avaient beaucoup de mal à s'en sortir avec la simple nomination au masculin ou au féminin.
Il classe ces personnes dans deux catégories:
_ ceux qui rejettent la responsabilité, c'est-à-dire qui se forcent consciemment à vous nommer au masculin, mais font des erreurs qu'ils justifient d'un "Oh, j'essaie" ou Allez, je le dis correctement la plupart du temps".
Ils disent la vérité mais au-delà ils refusent des critiques, attendent qu'on soit d'une patience infinie, et même s'ils ne le font pas consciemment, ils vous considèreront toujours selon les règles qu'une personne doit correspondre physiquement au genre par lequel elle est nommée et que ce genre est immuable. Ils ne remettent donc en aucun cas le système binaire du genre en cause. En outre ils rejettent la responsabilité du problème sur nous, plutôt que de se questionner pourquoi ils réagissent ainsi à notre égard alors que cela ne touche pas leur identité propre. Ils ne voient que la cause de leur émoi et non le diabolique système de genre qui régit leurs vies depuis leur naissance.
_ ceux qui voient les trans comme des victimes, qui se forceront à vous nommer au masculin pour vous respecter et vous mettre à l'aise. Ceux qui font preuve de tolérance.
Or comme l'auteur, je pense que nous aurions choisi des voies différentes, notamment pour nous qui restons ouvertement trans, même après transition, si nous avions voulu nous faciliter la vie. Nous ne recherchons pas de tolérance ni de respect comme on peut en avoir pour des "pauvres minorités auquelles il faut laisser une place, consacrer un jour spécial et parler comme d'un phénomène de société". Nous voulons qu'elles se sentent impliquées, qu'elles remettent leurs idées reçues, leur système de valeur en cause, qu'elles réfléchissent à elles-mêmes, ce qui fait d'elles des hommes ou des femmes, ce qui fait leurs différences, ce que celles-ci signifient en terme de comportement , de pouvoir, de langue, d'évolution. Le respect et les terrains trans friendly sont un bon pas en avant, mais nous voudrions plus, une approche réelle et engagée sur la différence.
"Living La Vida Medea" Reid Vanderburgh
L'auteur parle de son expérience et du fait qu'il a réalisé qu'il avait transitionné de Femme à Non-Femme. Ainsi il est convaincu que son passé en tant que lesbienne et femme, l'éducation qu'on lui a apporté ne le rendent pas tout à fait comme ce qu'un homme devrait être et qu'il n'est donc pas possible de transitionner complètement d'un sexe à l'autre. Il n'a pas traversé le pont de femme à homme, il est devenu le pont.
"Disclosure" Daniel Ray Soltis
Ou faut-il abandonner, renier son passé pour pouvoir dire "avoir transitionné complètement et avec succès"? Doit-on sacrifier qui on a été pour vivre comme on est, homme? L'ignorer ou le renier serait effacer le passé. Le clamer haut et fort pourrait effacer le présent. Quand pourrons-nous clamer nos singularités, notre complexité, sans perdre nos présentes identité et crédibilité? Comme l'auteur dit, il est FtM, car il cherche à être entier. Pour le moment cela semble requérir de couper d'importantes portions du passé. A son grand regret...